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En 1790, Saint-Eustache se situe au cinquième rang de toutes les localités du Bas-Canada avec une population de 2 385 âmes, soit à peine moins que l'Assomption et Berthier qui viennent toutefois loin derrière Montréal et Québec. À la même époque, 219 concessions de terres sont déjà consenties dans la seigneurie de la Rivière-du-Chêne. Puis, entre 1790 et 1806, 130 autres terres sont distribuées à des habitants. La production agricole augmentant, d'autres moulins sont bâtis : le moulin de la Dalle, dans la Grande-Côte, en 1790 et le "grand moulin", à la décharge du lac des Deux-Montagnes, dans les années 1810.

Dans sa Description topographique du Bas-Canada (1815), Joseph Bouchette dénombre de 80 à 90 maisons à Saint-Eustache tandis que le curé Jacques Paquin, arrivé à Saint-Eustache en 1821, estime la population à 6 000 personnes. Dans l'une de ses premières lettres adressées à son évêque, le 6 novembre 1821, le curé Paquin déplore l'état lamentable de sa paroisse..."Il faut être sur les lieux (...) pour voir, entendre et goûter à la misère. Il y a plus de besoin que dans aucun autre endroit du diocèse".

En 1825, la paroisse de Saint-Eustache compte une population de 4 343 habitants, dont seulement 393 habitent le village, qui n'est encore qu'un bourg, contre 3 950 dans les côtes déjà densément peuplées. Toutes les bonnes terres de la seigneurie sont occupées, surtout dans le secteur de la Petite-Rivière (774 habitants) et du Grand-Chicot (698 habitants). Au total, en 1825, il y a 61 maisons habitées au village et 777 dans la campagne. Saint-Eustache est alors une paroisse agricole, comme ses voisines Saint-Benoît et Sainte-Scholastique.

La fertilité des terres est remarquable et la moisson abondante. On récolte, en 1831, sur les 26 000 arpents de terre défrichés, 57 000 minots de pommes de terre, 37 000 d'avoine et 29 000 de blé, alors qu'il y a dans les étables 4 400 bêtes à corne, 5 700 moutons, 3 400 porcs et 1 400 chevaux.

Le curé Jacques Paquin fut un pasteur et un bâtisseur. Il a largement contribué à la croissance de Saint-Eustache. Le curé Paquin, le docteur Jacques Labrie, le notaire Joseph-Amable Berthelot, Eustache-Antoine Lefebvre de Bellefeuille et Joseph Robin créent, en 1829, la première commission scolaire suite à la Loi pour l'encouragement de l'enseignement élémentaire. Paul Rochon aura la responsabilité de la première maison d'école pour garçons construite sur le terrain donné à cette fin par le seigneur Dumont dans le faubourg Saint-Jacques.

Afin de faciliter les communications avec l'île Jésus et Montréal, le seigneur Nicolas Lambert-Dumont entreprend, peu avant 1830, la construction d'un pont reliant Saint-Eustache à l'île Jésus. Bouchette, qui est passé par Saint-Eustache à cette époque, en souligne la construction. Il parle d'un "pont superbe à quatre arches franchissant la rivière Jésus".

La journée du 14 décembre 1837 restera à jamais gravée dans les mémoires. En cette froide journée d'hiver, le docteur Jean-Olivier Chénier et une centaine de patriotes de Saint-Eustache et des paroisses voisines se sont courageusement inclinés devant les

2000 hommes du général Colborne. Barricadés dans l'église, le presbytère, le couvent, la maison seigneuriale ainsi que dans quelques résidences face à la grande place et le long de la grande rue, les compagnons de Chénier n'ont pu résister

longtemps aux troupes de la reine Victoria. En moins de deux heures, tout le village est encerclé et devient une proie facile. Entre le premier coup de canon tiré du chemin de la Grande-Côte et le crépitement des dernières balles, il ne s'est même pas écoulé cinq heures.

Munis d'armes dérisoires et prisonniers dans leur propre forteresse, les patriotes sont voués à une mort certaine. S'ils ne meurent pas asphyxiés ou brûlés, ils tombent sous les balles des militaires anglais ou des volontaires en tentant de fuir. Ainsi sont morts pour une cause en laquelle ils croyaient Jean-Olivier Chénier, Joseph Paquet, Jean-Baptiste Lauzé, Nazaire Filion, Séraphin Doré, François Dubé, Joseph Guitard, Pierre Dubeau, Joseph Bonnet, Jean-Baptiste Toupin et Alexis Lachance. À ces hommes de Saint-Eustache il faut en ajouter quelques dizaines d'autres, dont leurs malheureux compagnons de Sainte-Scholastique.

Dans son Journal historique, le curé Paquin raconte ce qu'il a vu au lendemain de la bataille... "Toute la belle partie du village n'était plus qu'un amas de ruines fumantes où l'on trouvait ça et là des cadavres défigurés, sanglants, à demi brûlés. L'église était réduite en cendres... Le nombre des maisons brûlées s'élève à 60, à peu près les plus belles. Tout dans cette scène de désolation rappelait le carnage et la vengeance. Saint-Eustache était tout en ruines et ses cendres fumaient encore, et cependant il y avait des gens assez barbares pour achever de détruire ce que le feu avait épargné. Des morceaux même de la cloche devinrent la proie de ces ravisseurs".

L'église est reconstruite et, en 1851, avec 784 habitants et 148 chefs de famille répartis dans 128 maisons, Saint-Eustache est le plus important village du comté s'affichant déjà comme le coeur de la région. On y compte 10 magasins, sept boutiques de charpentiers, six auberges, trois boulangeries et de nombreuses boutiques d'artisans. Mais il y a encore beaucoup plus de monde dans la campagne que dans le village. Ce n'est qu'à compter de 1951 que la population du
village - maintenant devenu ville - sera plus nombreuse que celle des rangs et des côtes.

On doit à M. le curé Hippolyte Moreau, successeur du curé Paquin, la création de la première bibliothèque publique à Saint-Eustache, le 31 octobre 1852, sous l'appellation de l'Oeuvre des bons livres .

Le régime seigneurial est aboli le 18 décembre 1854. Entré en vigueur le 1er juillet 1855, l'Acte des municipalités et des chemins du Bas-Canada est à la base même du régime municipal actuel. Abrogeant la législation de 1847, il constitue en municipalité toute paroisse créée pour fins ecclésiastiques ou civiles, instituée par lettres patentes à condition que le territoire en question contienne au moins 300 citoyens. L'avocat Charles Dolbec est maire du village quand est promulguée la nouvelle loi.

Avec l'abolition du régime seigneurial, le 18 décembre 1854, et la promulgation de l'Acte des municipalités et des chemins du Bas-Canada le 1er juillet 1855, commence une nouvelle période de l'histoire de Saint-Eustache.

Ville de Saint-Eustache
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